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La physique de laviron IDÉES DE PHYSIQUE (Texte intégral) par R. LEHOUCQ et J-M. COURTY Pour réduire le temps de parcours, il faut alléger le bateau et ramer aussi régulièrement que possible pour que la vitesse soit constante. |
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Se pliant et se dépliant, le rameur allonge au maximum le mouvement de levier sur leau, par lequel il propulse son bateau. |
En août 2001, huit athlètes français sont devenus champions du monde daviron en catégorie «poids légers», après avoir ramé 2 000 mètres à la vitesse moyenne de 21,4 kilomètres par heure. Comment ont-ils fait? Les rameurs propulsent leur bateau en faisant levier sur leau à laide de leurs rames. Ceux qui pratiquent laviron sassoient face à larrière de leur esquif et plongent leurs avirons dans leau le plus «souplement» possible avant dappuyer. Afin de réduire le nombre dimmersions des avirons dans leau, les rameurs sont assis sur des chariots mobiles ; ils plongent les rames quand les jambes sont repliées, et sortent les rames de leau quand ils sont couchés vers larrière, jambes étendues. Cette combinaison de mouvements amplifie la course des avirons, de sorte que leffet de levier dure plus longtemps.
Leur esquif lancé, lobjectif
des rameurs est de contrebalancer, par un effort continu et régulier,
lusure naturelle du mouvement par les divers frottements liquides. À
lévidence, les causes de déperdition dénergie
sont nombreuses : chaque aviron frotte sur leau et les avirons cèdent
une partie de leur quantité de mouvement au liquide, perdant ainsi une
petite fraction de lénergie développée par le rameur.
Un rameur habile minimise cette perte en «sappuyant» sur leau
au maximum plutôt quen la mettant en mouvement. Cest pourquoi,
quand les rameurs sont de bons techniciens, lessentiel de la résistance
à lavancement du bateau provient du frottement de la coque sur
leau et de la résistance de la vague, dite détrave,
créée à lavant du bateau.
Dans les conditions calmes habituelles
des compétitions davirons, la force de frottement est égale
au carré de la vitesse du bateau multiplié par la valeur de sa
surface immergée et par un certain coefficient de structure. Comme son
nom lindique, ce «coefficient de structure» dépend
de la texture et de la forme de la partie immergée de la coque ; le matériau
ultralisse et la forme longue et effilée adoptés pour construire
les bateaux de compétition abaissent ce coefficient et réduisent
les vagues et les remous. Selon le principe dArchimède, le volume
immergé est égal à la masse du bateau divisée par
la masse volumique de leau. Pour que le volume, et donc la surface immergée,
et donc les frottements, soient aussi réduits que possible, les constructeurs
allègent au maximum leurs esquifs : le poids dun skif un
bateau à un seul rameur , est dà peine 20 kilogrammes,
celui dun bateau à huit rameurs nexcède guère
100 kilogrammes.
Pour que le bateau avance à
une certaine vitesse, les rameurs doivent fournir une puissance constante égale
à la puissance développée par la force de frottement. Cette
force étant proportionnelle au carré de la vitesse du bateau,
la puissance de propulsion nécessaire (force multipliée par la
vitesse) croît comme le cube de cette vitesse. Lorsque les rameurs redoublent
defforts, ils naccroissent la vitesse que de
26 pour cent.
Une comparaison entre les performances dun rameur moyen et celles dun
champion illustre encore mieux le phénomène : seul sur son skif,
un rameur en bonne santé atteint et maintient facilement environ 14 kilomètres
par heure. Pendant toute la durée de leffort, il dépense
250 watts. Toutefois, sil souhaite devenir un champion, il lui faut presque
doubler cette puissance. Il naccroît alors sa vitesse que de
3,6 kilomètres par heure. Lancé sur 2 000 mètres à
une vitesse moyenne denviron 17,6 kilomètres par heure, un champion
de skif maintient cet effort considérable pendant sept minutes!
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Loin déchanger un sourire contre une fleur, ce rameur échange sa quantité de mouvement contre celle de sa barque. Celle-ci recule pendant que sa belle avance vite, le laissant dans sa galère. |
Conversion
puissance/vitesse
La faible conversion puissance/vitesse explique quun «huit» soit à peine plus rapide quun «skif». Comparons la performance des champions du monde français en bateau à huit à celle des champions de skif sur la même distance. Nos athlètes ont fourni une puissance de propulsion totale voisine de 4 000 watts, qui servait à emmener le poids du bateau plus celui du barreur et des rameurs. À peu près neuf fois plus lourde quun skif, leur embarcation était freinée en proportion de sa surface immergée, laquelle varie à peu près comme la puissance 2/3 du volume immergé : celle dun bateau à huit rameurs est donc quelque 4,33 (92/3) fois plus grande que celle dun skif. Ainsi, alors que les huit rameurs fournissent environ huit fois plus de puissance, leur poids et celui du barreur engendrent 4,33 fois plus de frottements. Si lon suppose que chaque équipier fournit la même puissance quun rameur de skif, la vitesse du bateau à huit est égale à celle du skif multipliée par la racine cubique du rapport 8/4,33, ce qui représente un accroissement de seulement 23 pour cent. Nous déduisons de ce raisonnement que la vitesse dun bateau de huit équipiers, tous capables de soutenir une vitesse de 17,6 kilomètres par heure en skif, est denviron 21,6 kilomètres par heure, une valeur voisine des 21,4 kilomètres atteints par nos champions.
Pour utiliser lénergie
de son équipe de façon optimale, le barreur veille à ce
que la vitesse du bateau soit aussi constante que possible pendant toute la
course, les rameurs sefforçant quant à eux de maintenir
cette vitesse constante pendant chacun de leurs mouvements synchronisés.
Régularité
souhaitée
Examinons une situation concrète
pour montrer leffet bénéfique de la régularité
sur les performances. Prenons le cas dun bateau qui avance de un mètre
par seconde quand la puissance de propulsion est de cinq watts. Puisquelle
est proportionnelle au cube de la vitesse, la puissance de propulsion quil
faudrait pour que ce même esquif avance de 3 mètres par seconde
est de 5 fois 33, soit 135 watts. Un rameur qui voudrait couvrir
600 mètres en 200 secondes devrait fournir cette puissance pendant cette
durée, dépensant ainsi une énergie de 135 x 200, soit 27
000 joules. Cependant, ce même rameur pourrait aussi choisir de progresser
de deux mètres par seconde pendant la moitié du temps, puis de
doubler la vitesse pendant le temps restant. Il lui faudrait donc développer
40 watts pendant la moitié du temps, puis passer à 320 watts,
et dépenser au total une énergie de 40 x 100 + 320 x 100, soit
36 000 joules. Cette valeur est supérieure de 33 pour cent à lénergie
de 27 000 joules correspondant à une vitesse de trois mètres par
seconde!
Cet écart appréciable
résulte de la relation de proportionnalité qui lie la puissance
de propulsion non pas à la vitesse, mais au cube de cette vitesse. Il
existe une «vitesse idéale», celle pour laquelle les athlètes
parcourent en un temps minimal la distance de course tout en dépensant
lénergie maximale quils peuvent fournir ; tout écart
entre cette vitesse idéale et les vitesses instantanées «retarde
le rameur». Si des considérations tactiques peuvent amener des
concurrents à modifier leur vitesse pendant la course, la capacité
à réguler la vitesse nen reste pas moins le facteur déterminant
de victoire!
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Les ergomètres sont des machines à ramer qui imitent laviron : ils opposent aux efforts du rameur une puissance de freinage proportionnelle au cube de la vitesse de leur volant dinertie. |
Dans la pratique, une régularité
parfaite de mouvement nest guère possible : un rameur ne fournit
pas un effort continu puisque ses avirons sont hors de leau la moitié
du temps. Cependant, la séquence de mouvements utilisée par les
spécialistes de laviron leur permet de maintenir quand même
la vitesse à peu près constante. Comment font-ils? Sils
nutilisaient que leurs bras, la vitesse de lesquif décroîtrait
pendant le «temps glisseur», durant lequel les rames sont hors de
leau. Cependant, après le «temps moteur», pendant lequel
lathlète tire sur ses bras pour propulser le bateau et déplie
son corps, le rameur sort les avirons de leau avant de ramasser ses jambes
vers larrière tout en poussant ses bras et les avirons vers lavant.
En réaction, le bateau se déplace vers lavant plus rapidement
que le rameur puisque sa masse, égale à environ 20 kilogrammes
pour un skif, est plus faible que celle du rameur, voisine de 80 kilogrammes.
Ainsi, les très bons rameurs savent comment «étaler»
leurs mouvements de jambe de façon à maintenir quasi constante
la vitesse de lesquif pendant la phase de glissement. Ils utilisent ainsi
la puissance quils développent de façon optimale.
Si les athlètes de laviron
travaillent sur leau pour améliorer leur technique, ils travaillent
en salle leur puissance physique à laide dune machine à
ramer : un ergomètre. Avec ce dispositif à simuler les efforts
faits sur leau, le sportif est assis sur un siège coulissant, et
tire sur une chaîne dont la translation entraîne la rotation dun
volant dinertie. Lorsque le rameur en salle replie les jambes pour se
ramasser tout en poussant sur ses bras, un mécanisme de rappel enroule
la chaîne tandis que le volant dinertie tourne librement. Lorsquil
se déplie pour tirer, des ailettes solidaires de la roue transforment
le volant dinertie en une sorte de ventilateur. Un clapet régule
larrivée dair et fait varier à volonté lintensité
de la force de frottement. Au final, la puissance que le sportif doit fournir
au système est proportionnelle au cube de la vitesse de rotation du volant,
qui simule ainsi celle dun esquif sur leau.
Les appareils de salle ont lavantage dêtre plus faciles à instrumenter que les bateaux. Grâce à leurs calculateurs électroniques, les ergomètres informent les pratiquants de leurs performances. Pour cela, la simple mesure de vitesse instantanée de la roue suffit. Ainsi, lorsque le sportif revient en position ramassée, la vitesse de la roue décroît. Le calculateur détermine à partir de cette décroissance la puissance dissipée par les frottements, cest-à-dire la puissance que développe le sportif. Les ergomètres estiment aussi une vitesse équivalente de bateau et une distance équivalente parcourue, ce qui permet au rameur en salle de retrouver ou dimaginer les sensations acquises à lextérieur. Toutefois, lallure du «bateau équivalent» est inférieure à celle dun bateau réel à bord duquel le rameur aurait fourni un effort égal. En salle, le rameur doit en effet accélérer son corps vers lavant puis vers larrière, ce qui lui coûte une puissance denviron environ 40 watts, indisponible pour la performance au compteur.
Roland Lehoucq est astrophysicien au service dastrophysique du CEA. Jean-Michel Courty est physicien, chargé de recherche au CNRS.
Illustrations : Bruno Vacaro.
POUR EN SAVOIR PLUS :
Décomposition du mouvement :
http://www.triton.studver.uu.nl/tech/index.php3?way=scull&cur=8
Fédération Française
des Sociétés dAviron :
http://avironfrance.asso.fr/accueil.htm